vendredi 23 octobre 2020
Accueil Georges Floyd Pourquoi les armes "non-létales" mutilent-elles et tuent-elles des manifestants?

Pourquoi les armes « non-létales » mutilent-elles et tuent-elles des manifestants?

De Beyrouth à Bagdad en passant par Hong Kong et Minsk, la police anti-émeute utilise souvent des armes dites « non-létales » pour contrôler les foules. Mais pourquoi y a-t-il toujours et encore des manifestants tués et mutilés?

Alors que les manifestations se multiplient à travers le monde, les associations de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme au sujet des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc, des pistolets paralysants et autres armes anti-émeutes utilisés par les forces de l’ordre face à des manifestants plus ou moins violents.

Les forces de police « ont à leur disposition un éventail vertigineux d’armes et d’équipements qui, bien que qualifiés de +moins létaux+, peuvent causer des blessures graves, voire la mort », selon un rapport d’Amnesty International.

« Certains des équipements que nous avons étudiés sont dignes d’une salle de torture et devraient être purement et simplement interdits », a déclaré un spécialiste au sein de l’ONG, Marek Marczynski, dans un rapport en 2015.

En Irak, pays touché par des manifestations antigouvernementales depuis l’année dernière, des dizaines de manifestants ont été tués par des grenades lacrymogènes tirées directement sur eux, parfois à bout portant.

 

– Grenades de type militaire –

 

Plusieurs de ces décès ont été causés par des grenades lacrymogènes et fumigènes de type militaire fabriquées en Serbie et en Iran, environ dix fois plus lourdes que les cartouches standard, selon Amnesty.

« Cela a eu des résultats désastreux dans de nombreux cas, perçant le crâne des victimes, entraînant des blessures horribles et la mort après que des grenades se sont enfoncées dans leur tête », souligne un autre responsable d’Amnesty, Lynn Maalouf.

De son coté, Human Rights Watch (HRW) a fait état de blessures aussi graves lors des manifestations à Beyrouth à la suite de la gigantesque explosion qui a dévasté certains quartiers de la capitale libanaise le 4 août.

Les forces de sécurité ont « tiré sans distinction des balles en caoutchouc et des cartouches de chasse », selon HRW.

Ailleurs, des manifestants ont succombé à des balles en plastique et en caoutchouc utilisées pour la première fois par l’armée britannique en Irlande du Nord il y a 50 ans, ainsi qu’à des tirs de bâtons en bois ou à la grenaille.

Des manifestants ont ainsi perdu un oeil lors de rassemblements de gilets jaunes en France et d’autres ont perdu la vue au cours d’actions de protestation de Palestiniennes contre Israël ou celles qui ont suivi la mort de George Floyd, quadragénaire noir asphyxié en mai à Minneapolis, aux Etats-Unis, par un policier blanc.

La force de ces munitions, conçues pour rebondir sur le sol et toucher les jambes, peut briser des os, déchirer des vaisseaux sanguins et provoquer des hémorragies internes lorsqu’elles sont tirées directement sur des personnes.

L’utilisation à tort et à travers de multiples projectiles de ce type n’a « aucune utilité légitime pour les forces de l’ordre », affirme Amnesty qui réclame l’interdiction des balles métalliques enrobées de caoutchouc les plus dangereuses.

 

– « Réponse graduée » –

 

Le gaz lacrymogène est également loin d’être inoffensif lorsqu’il est tiré en quantités excessives dans des espaces clos ou lorsqu’il déclenche des mouvements de foule, observe Amnesty.

Si la plupart des personnes en bonne santé se remettent des effets du gaz lacrymogène (brûlures de la peau, yeux qui coulent et difficultés respiratoires), les enfants, les femmes enceintes, les asthmatiques et les personnes âgées sont beaucoup plus exposés.

Les principes de base des Nations unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu encouragent les États à développer des armes moins meurtrières « pour permettre une réponse graduée dans l’utilisation de la force ».

Amnesty note que les équipements moins létaux peuvent réduire le risque de mort ou de blessure lorsqu’ils sont utilisés de manière responsable par des agents « bien formés et pleinement responsables ».

Mais l’ONG avertit que dans des dizaines de pays, « les responsables de l’application des lois commettent un large éventail de violations des droits de l’Homme en utilisant ces équipements, y compris la torture et autres mauvais traitements en détention, ainsi que l’utilisation excessive, arbitraire et inutile de la force contre les manifestants ».