dimanche 20 septembre 2020
Accueil Musique Alexis Ffrench, le pianiste britannique qui combat les clichés sur le classique

Alexis Ffrench, le pianiste britannique qui combat les clichés sur le classique

Le compositeur et pianiste noir Alexis Ffrench, étoile montante dans l’univers majoritairement blanc de la musique classique, s’est donné pour mission de « changer l’image » de ce genre musical parfois vu comme ennuyeux, ringard ou inaccessible.

L’artiste de 48 ans, dont le dernier album sort le mois prochain, compte presque deux millions d’auditeurs par mois sur Spotify et cumule 200 millions de vues toutes plateformes confondues.

C’est « Evolution » (2018), son précédent disque resté en tête des classements de musique classique au Royaume-Uni pendant trois semaines puis dans le top 10 pendant trois mois, qui l’a propulsé sur le devant de la scène.

« La musique classique est sous-représentée dans certaines couches de la société, ça ne fait aucun doute », a-t-il déclaré à l’AFP durant une répétition dans un magasin londonien du légendaire fabricant de pianos Steinway & Sons.

« Déterminé » à utiliser son influence « pour aider les jeunes défavorisés », il se rendait ensuite aux célèbres studios d’Abbey Road pour travailler avec des jeunes pas forcément attirés par le classique.

Ces sessions, fruit d’une collaboration entre sa maison de disque et l’association Prince’s Trust, interviennent dans le cadre d’un programme qui aide les jeunes entre 11 et 30 ans à s’instruire, se former ou trouver un emploi.

Lui qui anime une émission hebdomadaire sur Scala Radio se sert de l’audience offerte par cette nouvelle radio en ligne pour « parler de la musique classique de manière innovante et excitante », jouant parfois des morceaux qui ne sont inspirés que de loin par les traditions du genre.

« Je parle de Childish Gambino, de toutes sortes d’artistes hip-hop, et de ce que la musique classique peut apprendre de tout ça », a-t-il expliqué, faisant référence au rappeur américain Donald Glover.

« Je pense que mon devoir est de changer l’image » de ce genre musical, explique le musicien, qui sera en tournée en Europe en avril.

– « Sensibilité soul »-

Alexis Ffrench a pourtant suivi un parcours tout ce qu’il y a de plus classique en matière d’excellence musicale: après une formation à la Purcell School – la plus ancienne école spécialisée en musique du Royaume-Uni -, le prodige a intégré la prestigieuse Académie Royale, ainsi que la Guidhall School of Music and Drama.

Mais il s’inspire autant dans ses passions de jeunesse, comme Stevie Wonder et Bob Marley, que des grands noms du classique, de Mozart à Beethoven. Ses compositions sont pour lui une synthèse de nombreux styles, structurée par « un ADN » de musique classique. « C’est de la musique classique, mais imprégnée d’une sorte de sensibilité soul. »

Pour son prochain album « Dreamland », recueil de « chansons lyriques pour piano », Alexis Ffrench a puisé dans des témoignages de fans sur les réseaux sociaux, qui expliquaient comment sa musique avait pu les apaiser au milieu des combats de leur vie quotidienne.

« Ce que je voulais faire avec +Dreamland+, c’est créer un ensemble de musiques qui apporterait du réconfort, qui serait comme une oasis où les gens pourraient se réfugier et, dans un sens, s’arrêter, écouter et respirer », a-t-il confié.

– De l’orgue au piano –

Marié et père de deux adolescents, Alexis Ffrench attribue particulièrement sa réussite à son père, qui lui a inculqué la volonté de réussir.

Cet ingénieur aéronautique, travaillant au sein de la prestigieuse Royal Air Force britannique alors qu’il avait quitté la Jamaïque à peine âgé de 16 ans, a imposé très tôt à ses trois enfants une stricte hygiène de vie faite de sport, de présence à l’église et de rigueur académique.

« L’idée était d’être meilleur aujourd’hui qu’hier », se rappelle avec nostalgie le pianiste à propos de cette éducation « à l’ancienne » d’un père « assez autoritaire », mais mélomane. Celui-ci passait souvent de la musique à la maison, sensibilisant Ffrench dès son plus jeune âge.

« Avant d’avoir un piano, je faisais semblant de jouer sur une table, parce que j’entendais la musique et je me disais +Oh, je vais jouer ça+ », se souvient-il.

Très vite, il a commencé à jouer de l’orgue à l’église – y compris lors de mariages -, et s’est aperçu qu’il avait sans doute ce qu’il fallait pour intégrer les meilleures écoles de musique du pays.

Aujourd’hui, Alexis Ffrench aimerait donner les mêmes opportunités aux jeunes défavorisés.

« J’ai eu des professeurs qui n’ont jamais mis de limite à ce que je pouvais accomplir », a-t-il confié, « Je leur suis vraiment reconnaissant pour ça ».